Cet ancien diplomate, architecte et directeur du Forum d’urbanisme et d’architecture de la Ville de Nice, a eu un rôle décisif dans la redécouverte de l’œuvre de Rottier.
Catégorie : Guy Rottier
Le Label national « architecture contemporaine remarquable »
Le label « Architecture contemporaine remarquable » est attribué aux immeubles, aux ensembles architecturaux, aux ouvrages d’art et aux aménagements faisant antérieurement l’objet du label « Patrimoine du XXe siècle » qui ne sont pas classés ou inscrits au titre des monuments historiques, parmi les réalisations de moins de 100 ans d’âge, dont la conception présente un intérêt architectural ou technique suffisant.
Source: Ministère de la culture
Le duo Rottier-Barbéris
Collaborateur de nombreux architectes (dont Le Corbusier, ou Prouvé), membre du Groupe international d’architecture prospective (Giap), l’ingénieur architecte aura finalement peu construit. Pour l’essentiel, son œuvre bâtie se résume à trois maisons, dont celle réalisée en 1968 pour le sculpteur Arman, à Vence. Il aura consacré une grande partie de sa carrière à la recherche et à l’enseignement, d’abord en Syrie (1970-1978), puis au Maroc (1979-1987). Les migrations successives de ce natif de Sumatra ayant grandi entre trois pays – l’Indonésie, la France et les Pays-Bas – expliquent sans doute son approche libre et transdisciplinaire. Dès ses premiers projets, la mobilité est en effet au cœur de sa réflexion.
Les cabanons de vacances
Guy Rottier et Charles Barberis se rencontrent sur le chantier de l’Unité d’Habitation de Marseille. Le premier dirige les travaux dans une première phase du chantier et le second est un des adjudicataires du lot menuiserie. Après avoir réalisé le cabanon de Roquebrune-Cap-Martin pour le compte de Le Corbusier, Charles Barberis imagine pouvoir poursuivre l’expérience, comme Le Corbusier lui-même l’avait envisagé, dans une perspective industrielle de production en série. Ces études n’ayant pas de suites opérationnelles, le menuisier se tourne vers Guy Rottier pour poursuivre le projet. Entre 1958 et 1962, deux prototypes sont réalisés à l’atelier de menuiserie de Villeneuve-Loubet : le cabanon/maison des parents (UV366) et le cabanon/maison des enfants (CC215) (sur la même parcelle, Guy Rottier concevra dans le même temps une villa pour Barberis qui sera réalisée en deux temps : de 1960 à 1989).
Quelques exemplaires seulement du cabanon seront commercialisés dont une petite série pour la ville d’Antibes. Ils sont aujourd’hui non localisés.
Une photo en noir et blanc de 1958 montre son cabanon de bois pour enfant installé sur une charrette tirée par des chevaux. Le projet est mené avec Charles Barberis, menuisier de la cité radieuse de Marseille et qui réalisa le cabanon de Le Corbusier à Cap-Martin. L’objectif de production en série n’aboutira pas, les services administratifs refusant de l’homologuer. L’épisode marquera durablement Guy Rottier, bientôt réfractaire aux traditions et autres règlements.





La maison volante de vacances
Quelques années plus tard, en 1964, le duo Rottier-Barberis présente au Salon des arts ménagers à Paris La Maison de vacances volante , une caravane-hélicoptère aménagée pour une famille de quatre personnes. Un plan de coupe détaille avec précision son aménagement, avec, par exemple, une porte-fenêtre basculante à l’arrière de la cabine pouvant faire office de terrasse. Cette forme d’habitat rend « accessible des lieux jusque-là réservés aux seuls alpinistes », précise son auteur. Autre proposition : un abri de week-end, qui peut être suspendu dans les arbres et dont la forme, en capsule, évoque celle d’une sonnette de vélo. Rottier manipule les éléments, les combine, pratique le détournement, pour s’émanciper de toute contrainte esthétique ou physique liée au contexte.









En mars 1964, avec la collaboration de Charles Barberis, Guy Rottier expose une Maison de vacances volante au Salon des Arts ménagers à Paris. Cette maison consiste en une caravane-hélicoptère dont la coque en plastique peut abriter une famille de quatre personnes (deux adultes et deux enfants). Conçue à l’image des caravanes ou des bungalows préfabriqués, elle comporte une cabine de pilotage, un vivoir avec lit pour les parents et lits superposés pour les enfants, un coin cuisine, un coin toilette-douche. La coque de 4,90 m sur 2,90 m est en matières plastiques. Un système de propulsion à turbines et compresseurs équipe l’appareil. Le réservoir de carburant, situé sous le plancher de la coque, permet un rayon d’action pouvant aller de 50 à 100 km. Un espace de dix mètres carrés suffit à l’appareil pour se poser. « Cette forme d’habitat de vacances rend accessibles des lieux jusque-là réservés aux seuls alpinistes. En ce qui concerne l’étendue pouvant être parcourue, de vastes parcs pourront être aménagés en dehors desquels il ne serait pas souhaitable d’évoluer afin d’éviter toute promiscuité avec d’autres types de maisons ». (G.R.) Pour l’architecte, cette maison-manifeste affirmait simultanément la liberté d’expression en architecture, le libre choix du site et des matériaux de construction. Elle offrait « le luxe de s’échapper et de jouer avec les lois, les esprits, les propriétés, en d’autres termes de s’offrir un peu de liberté. C’était une idée qui aurait pu devenir réalité, une idée qui se réalisera un jour ». (Guy Rottier) Nadine Labedade pour le FRAC Centre
Source: Le Moniteur (2018, extrait)
Détail de façade

Lorsque la Ville de Nice a reçu le fonds d’archives privées de l’architecte Guy Rottier (1922-2013) — à l’initiative du Forum et avec les contributions décisives du service des Archives et du MAMAC —, l’engagement a été pris de rendre ces quelques huit mille pièces accessibles au public, au fur et à mesure que de leur inventaire et catalogage. En trois ans, deux expositions au Forum et une exposition hors les murs ont déjà permis de lever le voile sur ces témoignages, pour la plupart inédits, de la pensée et de l’œuvre d’un des architectes niçois les plus singuliers. Avec « Un jour, une œuvre », nous donnons à voir dix-huit pièces comme autant de « coups de cœur » qui, par la variété même de leurs formes, de leurs supports et de leurs contenus, illustrent la construction des idées de Guy Rottier et du cheminement de sa pensée, véritable machine à idées de l’architecture du xxe siècle.
Le premier marqueur singulier de cette villa est l’identité même de son client, l’entrepreneur en menuiserie Charles Barberis, compagnon des réalisations de Le Corbusier avec lequel Guy Rottier avait développé un système de cabanons de vacances à la fin des années cinquante (cf. Un jour, une œuvre #4).
Le second signe de sa singularité a été le calendrier de sa réalisation. Initié en 1962, le chantier de cette villa contemporaine, en rupture avec le style provençal de l’habitation familiale antérieure, subit des retards pour cause de difficultés financières. Il est ensuite arrêté à la mort de l’épouse de Charles Barberis, des aménagements minimaux permettant à ce dernier d’habiter une partie de ce qui avait été réalisé, et ceci pendant une quinzaine d’années jusqu’en 1980. La villa demeure alors en l’état jusqu’à ce que Guy Rottier soit à nouveau missionné par la famille en 1987 pour achever les travaux, après une redéfinition partielle du programme.
Quels que furent les aléas de cette aventure, il en demeure des éléments de signature cristallisant la convergence d’engagements entre Guy Rottier et son commanditaire éclairé. Outre une écriture singulière de la toiture, le traitement de la maçonnerie d’un mur pignon, avec le jeu des ombres rasantes de volumes comme extrudés, souligne la recherche permanente de la hardiesse, ici de nature plastique.
Source: Le 109 – Pôle de culture contemporaine. Ville de Nice
Guy Rottier et la Villa Barbéris (1962)
Ce grand industriel du bois m’a appris la modénature, la patience et la modestie. Nous avons réalisé ensemble, avec passion, des maisons en bois totalement invendables.
Guy Rottier à propos de Charles Barbéris. Manifeste de CIAM, Bergamo, 1949

Le lien d’amitié entre Guy Rottier et Charles Barberis s’établit à l’occasion du chantier de l’Unité d’habitation de Marseille dans lequel le premier était directeur des travaux dans la première phase du chantier et le deuxième adjudicataire du lot menuiserie. Après avoir réalisé, en 1952, le cabanon de Roquebrune-Cap-Martin pour Le Corbusier, Charles Barberis propose à Guy Rottier, qui avait entre temps ouvert son propre cabinet à Paris, de réaliser ensemble des cabanons en bois pouvant satisfaire une demande de maisons de vacances minimales et peu coûteuses. A l’occasion de cette collaboration, Barberis demande à Rottier de donner une « allure plus moderne » à sa maison familiale de style provençal sise à Villeneuve-Loubet. L’architecte élabore plusieurs propositions de transformation de la maison, cependant aucune ne le satisfait vraiment, et aucune non plus n’obtient une franche approbation de Barberis. En 1961, la décision est prise de démolir l’ancienne maison et de réaliser à sa place une villa moderne. Le programme prévoit une maison pour la famille de Charles Barberis (parents et trois enfants, dont deux garçons et une fille), plus un logement pour le gardien et un pour les amis, et enfin un garage spacieux. Le chantier, qui démarre en 1962 avec une entreprise de confiance de Barberis, avance lentement à la suite de difficultés financières de son entreprise de menuiserie. Il finira par s’arrêter brusquement après le décès de Madame Barberis, en 1965. Petit à petit, Charles Barberis rend habitable le rez-de-chaussée et s’y installe jusqu’à sa mort, en 1980. La maison est alors abandonnée jusqu’en 1987, date à laquelle François Barberis, fils de Charles, contacte Guy Rottier pour achever les travaux. Les locaux sont aujourd’hui loués par une école de design et par des parents proches de François Barberis.

Description de l’édifice
Comme les autres maisons que Guy Rottier réalise au début des années 60, la villa Barberis révèle encore une profonde influence de l’architecture de Le Corbusier. L’évocation de quelques uns des « cinq points de l’architecture » est ici associée à la recherche plus expressive et lyrique qui caractérise les travaux d’après guerre du maître. Selon le projet d’origine, les 340 m2 d’habitation réservés à la famille sont concentrés au premier étage auquel on accède en partie haute du terrain par un emmarchement extérieur. Le rez-de – chaussée, même s’il n’est pas marqué par des pilotis, conserve une fonction de service par la présence du garage et du logement destiné au gardien. Le dynamisme qui caractérise l’espace du premier étage a la fluidité du « plan libre », avec des poteaux parfois isolés et parfois combinés avec des murs porteurs. Dans ce « plan-enveloppe », une série de boîtes aux formes géométriques pures ayant un rôle structurel (la cuisine et les trois chambres avec leurs pièces d’eau) est positionnée selon une irrégularité savante. Des cloisons courbes non porteuses et des éléments de mobilier délimiten t l’espace sans l’enfermer. Le séjour est un grand espace unique, il est articulé en deux zones fonctionnelles par le sommet du triangle occupé par la cuisine et séparé de l’entrée par une cloison courbe. Les trois chambres semblent avoir été greffées à l’extrémité du plan avec un geste dynamique qui les fait pivoter vers l’extérieur de la maison. Cet agencement produit des volumes surprenants et des éléments d’ouverture très expressifs. Les façades sont donc caractérisées par un effet de “déboîtement” et d’extrusion, associé à une alternance finement étudiée d’éléments enduits, blancs ou colorés, et d’éléments en béton brut. La forme en “boomerang” de la maison donne fluidité et dynamisme aux lignes horizontales de la façade sud. Un escalier à vis permet d’accéder au toit qui devait initialement être végétalisé. Une ouverture est réservée en toiture pour apporter de la lumière dans la maison par l’intermédiaire d’une cour-patio plantée. Trois “évènements” émergents construisent les liens entre la villa et son environnement : un mur de clôture affirme l’ancrage au sol, la séquence d’accès (escaliers, claustras) amarre le niveau principal au terrain, la sculpture abstraite du toit terrasse accessible suggère la direction du ciel. La reprise du chantier par François Barberis marque un changement d’usage : l’étage d’habitation est transformé en bureaux destinés à la location sans entraîner de modifications majeures de la distribution prévue à l’origine.
Sources: Ministère de la culture, rédacteurs du dossier: Bonillo Jean-Lucien ; Telese Raffaella / Laboratoire INAMA
